On respire avec Sarah Barukh

Première des auteurs que nous recevons sur le blog, Sarah Barukh.

Allez, c'est parti !


Chez moi écrire a été et est toujours un parcours du combattant.

Librairie de Pithiviers Votre troisième roman, Envole-moi, est paru le 29 janvier aux éditions Albin Michel. Pouvez-vous nous présenter vos héroïnes Anaïs et Marie ?

Sarah Barukh Anaïs et Marie ont la quarantaine, elles se connaissent depuis la petite enfance. Elles ont grandi dans un quartier difficile de Paris. Elles avaient des rêves plein la tête pour se sortir de là et se pensaient inséparables… jusqu’au drame de 1993, qui, trente ans plus tard les poursuit encore.

Librairie de Pithiviers J’aimerais que vous nous parliez de la part autobiographique de ce roman ? Etes-vous plutôt Anaïs ou Marie ?

Sarah Barukh Figurez-vous que je me suis beaucoup posé la question… Au départ, j’étais évidemment Anaïs, puisant dans mes souvenirs d’ado complexée par sa meilleure amie-géniale-trop-belle-et-trop-sexy. Mais peu à peu, je me suis demandé si je n’étais pas un peu les deux, comme les faces d’une même médaille, ce que l’on est, ce que l’on essaie d’être, ce qu’il faut tuer en nous pour oser être vrai… (Vous me donnerez vos tarifs pour la consultation ?! )

Librairie de Pithiviers Comment vous définissez-vous ? Etes vous auteur, auteure, autrice, écrivain, écrivaine ?

Sarah Barukh Un des défis de ma vie est d’essayer de ne pas trop me définir (ni définir les autres) ! Fuir les cases qui nous enferment. J’écris des histoires. J’ai la chance parfois qu’elles deviennent des livres. Après si l’on s’en tient au vocabulaire, à l’oreille, j’aime bien auteure, mais j’apprécie aussi l’aspect historique et revendicatif d’autrice, puisque c’est un mot qui a été longtemps interdit aux femmes…

Librairie de Pithiviers Comment êtes-vous venue à l’écriture ? Etes-vous née avec vos romans ou vous êtes-vous réveillée un jour en vous disant « je vais écrire… » ?

Sarah Barukh Je ne crois pas beaucoup aux révélations… Chez moi écrire a été et est toujours un parcours du combattant. Alors oui, j’ai retrouvé les poésies que j’avais écrites à six ans. Du grand art ! Par exemple :
« Mauvaises herbes, mauvaises herbes, vous me faites peur
Mauvaises herbes, mauvaises herbes, vous n’êtes pas un bonheur »

(Ma mère avait prévu une activité jardinage il me semble ce matin-là)
En gros, avec un talent pareil, vous comprenez que la route a été longue depuis !

Librairie de Pithiviers  Albin Michel, c’est quand même un sacré nom… Comment s’est fait le choix de cette maison d’édition ?

Sarah Barukh Je n’ai pas choisi, j’ai eu l’immense bonheur qu’ils acceptent mon premier roman et les autres ont suivi. Enfin premier roman… Quatrième pour être précise. Je pourrais faire une table basse avec les lettres de refus collectionnées au fil des années !

Librairie de Pithiviers Parlez-nous de vos toc (troubles obsessionnels compulsifs) d’auteure. De quoi avez-vous absolument besoin pour écrire ?

Sarah Barukh Un sujet qui me plait, un ordinateur, un téléphone pour prendre des notes et quelques jours plus tard, un rendez-vous chez ma psy pour déverser mes doutes, mes peurs, mes « je suis nulle/ je n’y arriverai jamais/ je ne sais plus écrire/je ne sais même plus comment je m’appelle ».

Librairie de Pithiviers Est-ce que vous devez travailler beaucoup pour écrire ? Ou est-ce que les mots, les histoires vous viennent facilement ?

Sarah Barukh Je travaille énormément. Je ne suis pas quelqu’un de doué, je suis une besogneuse, consciente de ses limites et qui fait de son mieux pour compenser. Pour moi, l’écriture, c’est de la ré-écriture.

Librairie de Pithiviers J’aime beaucoup cette phrase de Christian Bobin : « Peu de livres changent une vie. Et quand ils la changent, c’est pour toujours ». Vous pouvez nous parler d’un livre qui aurait changé votre vie ?

Sarah Barukh Longtemps je répondais par automatisme, La vie devant soi de Romain Gary (enfin Emile Ajar), parce qu’il s’en dégageait une humanité, une simplicité, un humour qui m’ont bouleversée, rappelé mon grand-père, murmuré qu’écrire comme on vit était possible. Mais si je creuse davantage, je dirais que ce qui m’a malheureusement construite, c’est Blanche Neige et les sept nains, que je réclamais TOUS les soirs, enfant, puis que je lisais à mon tour, et que j’ai ensuite vu un nombre incalculable de fois. A cause de ce livre, j’ai cru au Prince Charmant sauveur, j’ai cru que dans la vie, il y avait les bons et les méchants sans autre nuance et que faire le ménage suffisait à rendre heureux… C’est criminel de tromper ainsi les enfants !

Librairie de Pithiviers Si je vous demande de nous raconter une de vos journées type (hors confinement…)

Sarah Barukh Depuis un peu plus d’un an mes journées type ont changé parce que j’ai eu un bébé et on va dire que ça bouscule légèrement les habitudes... Je l’ai eue tard alors je me rattrape en m’en occupant pas mal. Le matin, je suis avec elle et je travaille l’après-midi, parfois le soir aussi. J’essaie de faire du sport tous les deux jours, parce qu’il n’y a que comme ça que j’ai les idées claires (et c’est utile aussi quand, comme moi, on est plus du style Shrek que Claudia Schiffer). Voilà, j’ai des cheveux impossibles à coiffer, je me maquille peu, je déteste les pantalons serrés ou les talons, je ne mange pas de nourriture avariée, je n’élève pas de chauve-souris (surtout en ce moment) et je ne suis pas nyctalope. Bref, pour le glamour ou l’étrange, il faut lire quelqu’un d’autre !

Librairie de Pithiviers ... et une de vos journées type (en confinement) ?

Sarah Barukh Comme beaucoup de femmes, je suis confinée dans les années 50… Quatre repas à cuisiner par jour (goûter compris s’il vous plait), courses, ménage, rangement, lessives, activités pour enfants, le tout bien sagement à la maison ! Je pense que je suis devenue capable de peler des pommes de terre à la main. Si vous êtes sages, vous aurez droit à mes merveilleuses recettes de soupes et de pâtes aux légumes ! (J’ai dit que j’étais confinée dans les années 50, pas que j’étais douée…)

Librairie de Pithiviers Question subsidiaire : si vous deviez envoyer un petit message personnel pour soutenir les ami.e.s de la librairie de Pithiviers pendant cette période difficile…

Sarah Barukh Déjà vous avez raison d’être ami de cette librairie tenue par quelqu’un de merveilleusement humain. Ensuite, peut-être que vivre ce confinement comme un voyage en soi-même pourra vous permettre, une fois le vertige passé, de vous rendre compte combien vous êtes fort, plus que vous ne le croyiez, combien vous valez la peine et combien de choses formidables il vous reste à accomplir.