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On respire avec Arnaud Dudek

Je suis venu à l’écriture comme d’autres au tennis ou aux échecs,
par hasard, sur la pointe des pieds...

Librairie de Pithiviers   Votre sixième roman, Laisser des traces, est paru le 10 mai dernier aux éditions Anne Carrière (sortie prévue en poche dans quelques semaines). Pouvez-vous nous présenter son héros, Maxime Ronet ?

Arnaud Dudek   Un jeune homme intelligent, qui a toujours voulu « diriger ». Un ambitieux aussi attachant qu’agaçant, qui a construit son parcours politique avec méthode, comme on trace un cercle parfait avec un compas. Un « néo-apparatchik » qui a compris qu’aujourd’hui la communication n’est plus une option mais une obligation, et qui a su aussi changer de costume au bon moment pour gravir des échelons. Un nouvel élu de terrain, qui conquiert une mairie aussi facilement qu’il ajuste ses nœuds de cravate, s’aperçoit que la vie de maire n’est pas de tout repos, finit par se demander s’il ne préfère pas la conquête du pouvoir à son exercice… avant qu’un événement dramatique balaie son ambitieux château de cartes – ça a beau être ambitieux, un château de cartes, ben ça reste des cartes.

Librairie de Pithiviers   En vous lisant, on peut se dire « toute ressemblance avec… » … Alors fiction ou réalité ?

Arnaud Dudek   Une fiction documentée. Il fallait que la toile de fond n’ait pas l’air d’un décor en carton, sinon cela n’avait aucun intérêt. J’ai lu des revues spécialisées, visionné des documentaires, j’ai échangé avec quelques élus via les réseaux sociaux, j’ai rencontré mon député – qui m’a consacré du temps. Il fallait que cette histoire intime d’engagement ait le goût du vrai.

Librairie de Pithiviers   Comment vous définissez-vous ? Etes-vous auteur, écrivain ?

Arnaud Dudek   J’ai toujours beaucoup de mal à me considérer comme un auteur, un écrivain… C’est bon pour celles et ceux que j’admire, les Yves Ravey, les Jean Echenoz, les Maylis de Kerangal, les Philippe Jaenada, etc. Disons que je suis un fonctionnaire qui écrit, de temps à autre.

Librairie de Pithiviers   Comment êtes-vous venu à l’écriture ? Etes-vous né avec vos romans ou vous êtes-vous réveillé un jour en vous disant « je vais écrire… » ?

Arnaud Dudek   Je suis venu à l’écriture comme d’autres au tennis ou aux échecs, par hasard (aucun auteur dans ma famille, très peu de livres chez mes parents), sur la pointe des pieds, parce que je trouvais ça « cool » (plus tard j’ai compris que non, ce n’était pas « cool », pour être cool, pour se faire des amis et pour draguer les filles on fait du foot, du hand, on joue de la guitare, on n’écrit pas, non), parce que j’adorais qu’on me raconte des histoires – alors pourquoi ne pas en raconter à mon tour ? J’ai commencé vers dix-douze ans avec des histoires policières pleines de suspense et de rebondissements, largement inspirées de mes premières idoles, Agatha Christie et Hergé. J’ai fondé une revue journalistico-littéraire – dans lequel je signais tous les textes, et occupais naturellement tous les postes clés de la rédaction, de l’administration, de la publicité et des ventes, bref, l’ours faisait dix lignes mais ne mentionnait que mon nom. Plus tard, je me suis attaqué à un roman très largement inspiré des livres de Vernon Sullivan / Boris Vian. Plus tard encore, je me suis lancé dans l’écriture d’une pièce de théâtre en alexandrins… L’écriture est ma bouffée d’oxygène depuis (presque) toujours. Et à ce stade de ma vie, je n'envisage pas de me trouver une autre passion. Ni chant lyrique, ni acrobaties aériennes, ni claquettes.

J’ai beaucoup écrit dans les transports en commun, dans les cafés.

Librairie de Pithiviers   Vos premiers romans étaient publiés chez Alma éditions. Aujourd’hui vous êtes un auteur Anne Carrière… Comment et pourquoi avoir changé d’éditeur ?

Arnaud Dudek   Je dois tant et plus à Alma et à son binôme « historique », Jean-Maurice de Montremy et Catherine Argand. C’est simplement l’amitié qui m’a fait rejoindre Anne Carrière – et Jean-Baptiste Gendarme, mon éditeur chez Anne Carrière, que je connais depuis 2003 et mes premiers textes publiés dans sa formidable revue Décapage.

Librairie de Pithiviers   Parlez-nous de vos toc (troubles obsessionnels compulsifs) d’auteur. De quoi avez-vous absolument besoin pour écrire ?

Arnaud Dudek   De pas grand-chose, en fait. J’ai beaucoup écrit dans les transports en commun, dans les cafés. Je peux écrire dans le bruit et la fureur mais aussi dans le calme… Si j’écris chez moi, c’est dans ma cuisine, en général. Et je n’ai besoin que d’une chose : que tout soit propre, que la vaisselle soit faite, que tout soit rangé dehors pour me sentir bien dedans.

Librairie de Pithiviers   Faites-vous un important travail d’investigation préalable pour l’écriture de vos romans ?

Arnaud Dudek   Je travaille la cohérence sociale de mes personnages, le fond, afin que l’histoire se tienne. Pour Laisser des traces, cela a demandé beaucoup de temps – pour creuser cet univers si particulier de la politique à l’échelon local. Pour le prochain, qui sortira chez Anne Carrière pour la rentrée littéraire 2020, qui parle de paternité, de transmission, et du don de gamètes, j’ai creusé les contours juridiques du sujet. Je veux que les histoires tiennent debout toutes seules, qu’elles aient l’air vrai.

Librairie de Pithiviers   J’aime beaucoup cette phrase de Christian Bobin : « Peu de livres changent une vie. Et quand ils la changent, c’est pour toujours ». Vous pouvez nous parler d’un livre qui aurait changé votre vie ?

Arnaud Dudek   L'art en général, et la littérature en particulier, existent parce que le monde n'est pas parfait. Mais la littérature ne peut pas grand-chose contre la violence du monde. Elle n'arrête pas les balles, ne remplit pas les estomacs des sans-abri, ne peut rien contre les guerres et le Covid 19. En revanche, la littérature panse merveilleusement les plaies. Elle est la bouée des chagrins grands comme des verres d'eau, des chagrins petits comme des océans. La littérature a ainsi pansé, humblement, des milliers de milliers de blessures ; moi c’est notamment L’attrape-cœurs [de J. D. Salinger) et son héros Holden Caulfield qui ont pansé les miennes, quand j’étais un ado angoissé et mal dans sa peau.

Librairie de Pithiviers   Si je vous demande de nous raconter une de vos journées type (hors confinement…)

Arnaud Dudek   Un peu de littérature de 5h à 7h, mon travail à Université de Paris (je suis chef du département recrutement –  ça veut tout et rien dire, et ce serait un peu long à expliquer… une autre fois, hein), récupérer mon fils à 17h30 ou bien relever la nounou, des Playmobil ou des Kapla, le dîner en famille, deux histoires avant d’aller au lit… et une soirée dont le contenu dépend de mon état de forme du moment.

Librairie de Pithiviers   … et une de vos journées type (en confinement)

La même chose, sans bouger de chez moi – magie.

Librairie de Pithiviers   Question subsidiaire : si vous deviez envoyer un petit message personnel pour soutenir les ami.e.s de la librairie de Pithiviers pendant cette période difficile…

Arnaud Dudek   Bon courage à tous. Continuez de maintenir le lien avec votre clientèle, d’apporter quelques sourires, quelques respirations, des conseils de lecture… Je ne sais pas comment nous nous relèverons, mais nous aurons besoin de la littérature, c’est certain, pour panser nos plaies. Nous aurons donc besoin de vous. Merci pour tout !

(Photo Baudouin Photography)