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Phèdre / tragédie, 1677, tragédie, 1677
EAN13
9782253037811
ISBN
978-2-253-03781-1
Éditeur
Le Livre de poche
Date de publication
Collection
LE LIVRE DE POCHE (6127)
Nombre de pages
124
Dimensions
1 x 1 x 0 cm
Poids
85 g
Langue
français
Code dewey
842
Fiches UNIMARC
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Phèdre / tragédie, 1677

tragédie, 1677

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ACTE I?>Scène 1?>HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE?>HIPPOLYTELe dessein en est pris : je pars, cher Théramène,Et quitte le séjour de l'aimable Trézène1.Dans le doute mortel dont je suis agité,Je commence à rougir de mon oisiveté.Depuis plus de six mois éloigné de mon père,J'ignore le destin d'une tête si chère ;J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher.
THÉRAMÈNEEt dans quels lieux, Seigneur, l'allez-vous donc chercher ?Déjà pour satisfaire à votre juste crainte,J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe 2 ;J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bordsOù l'on voit l'Achéron 3 se perdre chez les morts ;J'ai visité l'Élide, et laissant le Ténare,Passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare4.Sur quel espoir nouveau, dans quels heureux climatsCroyez-vous découvrir la trace de ses pas ?Qui sait même, qui sait si le roi votre pèreVeut que de son absence on sache le mystère ?Et si, lorsque avec vous nous tremblons pour ses jours,Tranquille, et nous cachant de nouvelles amours5,Ce héros n'attend point qu'une amante abusée...HIPPOLYTECher Théramène, arrête, et respecte Thésée.De ses jeunes erreurs 6 désormais revenu,Par un indigne obstacle il n'est point retenu ;Et fixant de ses vœux l'inconstance fatale,Phèdre depuis longtemps ne craint plus de rivale.Enfin en le cherchant je suivrai mon devoir,Et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir.
THÉRAMÈNEHé ! depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présenceDe ces paisibles lieux si chers à votre enfance,Et dont je vous ai vu préférer le séjourAu tumulte pompeux d'Athène 7 et de la cour ?Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ?
HIPPOLYTECet heureux temps n'est plus. Tout a changé de faceDepuis que sur ces bords les dieux ont envoyéLa fille de Minos et de Pasiphaé.
THÉRAMÈNEJ'entends. De vos douleurs la cause m'est connue.Phèdre ici vous chagrine et blesse votre vue.Dangereuse marâtre8, à peine elle vous vit,Que votre exil d'abord signala son crédit.Mais sa haine sur vous autrefois attachée,Ou s'est évanouie, ou s'est bien relâchée.Et d'ailleurs, quels périls vous peut faire courirUne femme mourante, et qui cherche à mourir ?Phèdre, atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire,Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclaire,Peut-elle contre vous former quelques desseins ?
HIPPOLYTESa vaine inimitié n'est pas ce que je crains.Hippolyte en partant fuit une autre ennemie :Je fuis, je l'avouerai, cette jeune Aricie,Reste d'un sang fatal9 conjuré contre nous10.
THÉRAMÈNEQuoi ? vous-même, Seigneur, la persécutez-vous ?Jamais l'aimable sœur des cruels PallantidesTrempa-t-elle aux complots de ses frères perfides ?Et devez-vous haïr ses innocents appas ?
HIPPOLYTESi je la haïssais, je ne la fuirais pas.
THÉRAMÈNESeigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite ?Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte,Implacable ennemi des amoureuses lois,Et d'un joug 11 que Thésée a subi tant de fois ?Vénus, par votre orgueil 12 si longtemps méprisée13,Voudrait-elle à la fin justifier Thésée ?Et vous mettant au rang du reste des mortels,Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ?Aimeriez-vous, Seigneur ?
HIPPOLYTEAmi, qu'oses-tu dire ?Toi qui connais mon cœur depuis que je respire,Des sentiments d'un cœur si fier, si dédaigneux,Peux-tu me demander le désaveu honteux ?C'est peu qu'avec son lait une mère amazone14M'a fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne.Dans un âge plus mûr moi-même parvenu,Je me suis applaudi quand je me suis connu.Attaché près de moi par un zèle sincère,Tu me contais alors l'histoire de mon père.Tu sais combien mon âme, attentive à ta voix,S'échauffait aux récits de ses nobles exploits,Quand tu me dépeignais ce héros intrépideConsolant les mortels de l'absence d'Alcide15,Les monstres étouffés et les brigands punis,Procuste, Cercyon, et Scirron, et Sinnis,Et les os dispersés du géant d'Épidaure,Et la Crète fumant du sang du Minotaure.Mais quand tu récitais des faits moins glorieux,Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux,Hélène à ses parents dans Sparte dérobée16,Salamine témoin des pleurs de Péribée,Tant d'autres, dont les noms lui sont même échappés,Trop crédules esprits que sa flamme a trompés ;Ariane aux rochers contant ses injustices,Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices ;Tu sais comme, à regret écoutant ce discours,Je te pressais souvent d'en abréger le cours,Heureux si j'avais pu ravir à la mémoireCette indigne moitié d'une si belle histoire !Et moi-même, à mon tour, je me verrais lié ?Et les dieux jusque-là m'auraient humilié ?Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable,Qu'un long amas d'honneurs rend Thésée excusable,Qu'aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui,Ne m'ont acquis le droit de faillir17 comme lui.Quand même ma fierté 18 pourrait s'être adoucie,Aurais-je pour vainqueur dû choisir Aricie ?Ne souviendrait-il plus à mes sens égarésDe l'obstacle éternel qui nous a séparés ?Mon père la réprouve, et par des lois sévères,Il défend de donner des neveux à ses frères :D'une tige coupable il craint un rejeton ;Il veut avec leur sœur ensevelir leur nom,Et que jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle.Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?Donnerai-je l'exemple à la témérité ?Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée...
THÉRAMÈNEAh ! Seigneur, si votre heure est une fois marquée,Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer.Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer ;Et sa haine, irritant une flamme rebelle,Prête à son ennemie une grâce nouvelle.Enfin, d'un chaste amour pourquoi vous effrayer ?S'il a quelque douceur, n'osez-vous l'essayer ?En croirez-vous toujours un farouche scrupule ?Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule ?Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés ?Vous-même où seriez-vous, vous qui la combattez,Si toujours Antiope à ses lois opposéeD'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée ?Mais que sert d'affecter un superbe 19 discours ?Avouez-le, tout change ; et depuis quelques jours,On vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage,Tantôt faire voler un char sur le rivage,Tantôt, savant dans l'art par Neptune inventé20,Rendre docile au frein un coursier indompté.Les forêts de nos cris moins souvent retentissent ;Chargés d'un feu secret, vos yeux s'appesantissent.Il n'en faut point douter : vous aimez, vous brûlez ;Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.La charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ?
HIPPOLYTEThéramène, je pars, et vais chercher mon père.
THÉRAMÈNENe verrez-vous point Phèdre avant que de partir, Seigneur ?
HIPPOLYTEC'est mon dessein : tu peux l'en avertir.Voyons-la, puisque ainsi mon devoir me l'ordonne.Mais quel nouveau malheur trouble sa chère Œnone ?Scène 2?>HIPPOLYTE, ŒNONE, THÉRAMÈNE?>ŒNONEHélas ! Seigneur, quel trouble au mien peut être égal ?La reine touche presque à son terme fatal21.En vain à l'observer22 jour et nuit je m'attache;Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache.Un désordre éternel règne dans son esprit ;Son chagrin inquiet23 l'arrache de son lit :Elle veut voir le jour, et sa douleur profondeM'ordonne toutefois d'écarter tout le monde...Elle vient...
HIPPOLYTEIl suffit : je la laisse en ces lieux,Et ne lui montre point un visage odieux.Scène 3?>PHÈDRE, ŒNONE?>PHÈDREN'allons point plus avant. Demeurons, chère Œnone.Je ne me soutiens plus ; ma force m'abandonne.Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi24,Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.Hélas !Elle s'assied.
ŒNONEDieux tout-puissants, que nos pleurs vous apaisent !
PHÈDREQue ces vains ornements25, que ces voiles me pèsent !Quelle importune main, en formant tous ces nœuds,A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ?Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.
ŒNONEComme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire !Vous-même, condamnant vos injustes desseins,Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ;Vous-même, rappelant votre force première,Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière,Vous la voyez, Madame, et prête à vous cacher,Vous haïssez le jour que vous veniez chercher !
PHÈDRENoble et brillant auteur d'une triste famille26,Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille,Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,Soleil, je te viens voir pour la...
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